Comment les campings haut de gamme comptent rentabiliser leurs spas
Pour un camping, même haut de gamme, les risques financiers liés à la construction d’un spa ne sont pas négligeables. Le marché est nouveau, et les initiatives actuelles restent encore marginales, même si elles tendent à se multiplier. Pour ces pionniers, la diversification vers le bien-être représente un saut dans l’inconnu.« Notre projet est financé par l’exploitation du camping. Nous prévoyons un retour sur investissement sur sept ans. », indique Luc Dulayet, le propriétaire de Sylvamar, qui doit recruter deux esthéticiennes supplémentaires, un mois seulement après l’ouverture de son spa.
Pour le spa BalneoCap, au Cap d’Agde, un investissement de 1,3 million d’euros, son propriétaire, Jean-Luc Bédrines, prévoit même un ROI encore plus long : dix ans ! Dès son inauguration, en 2009, la facture était déjà salée. Pour lancer l’activité, une dizaine de personnes a été recrutée et un spa manager issu de l’hôtellerie haut de gamme devrait bientôt intégrer l’équipe.
Spa et camping : un mariage de plus en plus rentable
Créer un spa dans un camping constitue une prise de risque qui oblige ces entrepreneurs à suivre à la loupe les taux d’occupation de leurs sites. Les débuts sont donc difficiles, mais ils savent que, avec les hébergements locatifs et l’allongement de la saison touristique, les terrains de camping haut de gamme deviennent de plus en plus rentables. Ils concurrencent désormais les chambres d’hôtes, les clubs de vacances, voire l’hôtellerie de tourisme, comme le montre un récent sondage de la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air : les clients des campings partagent aussi leurs vacances en hébergement en famille ou avec des amis (63%), louent des maisons de particuliers (55%), fréquentent des hôtels (47%), partiraient en club de vacances (24%) ou disposent d’une résidence secondaire (17%).
La rentabilité n’est donc pas un objectif absurde... A condition, toutefois, que le poids des investissements engagés s’accompagne de leviers commerciaux performants. Tout en se professionnalisant davantage, le marché a ainsi vu apparaître des chaînes et des réseaux organisés : Yelloh! Village, Kawan Group, Siblu, Castels, etc. Leur principal avantage est de permettre aux campings de mutualiser leurs efforts commerciaux.
« Le panier moyen a augmenté. Pour une durée de séjour qui tourne autour de 10,4 jours en 2009, il se situe à environ 800 euros. », indique-t-on chez Yelloh! Village. En 2009, ses 43 adhérents ont réalisé un chiffre d’affaires de 87 millions d’euros, soit une hausse de 10% par rapport à 2008. A elles seules, les réservations sur Internet par ce réseau du franchiseur représentent 53% des ventes totales, avec 2 millions de visiteurs sur l’année.
Avant de faire partie du réseau, chaque établissement fait l’objet d’un audit par un cabinet indépendant. Une fois accepté, le camping a droit à son propre site Web en cinq langues. Les franchisés bénéficient aussi de l’impact d’une newsletter qui touche près de 300 000 abonnés.
Chez Castels, on ne possède pas une telle artillerie commerciale, même si 47% des réservations pour les hébergements locatifs ont transité par le site Web en 2009. Difficile, dans ces conditions, de rentabiliser des spas de de 500 à 2 000 m2 ! Sauf que, spécialisée dans les campings 4 étoiles, cette chaîne d’indépendants possède deux atouts de taille : hospitalité et environnement patrimonial. Rattachés à des châteaux, les campings les Castels proposent du locatif haut de gamme et de nombreuses activités : gastronomie, équipements sportifs, boutiques, etc.
Mais le spa y fait figure de grand absent. Pas vraiment dans la culture maison ? Voire. Le bien-être commence à y faire de timides apparitions. Equipements aqualudiques au Domaine des Ormes, en Bretagne, sauna, hammam et jacuzzi au Domaine de Dienné, en Poitou-Charentes... Une nouveauté : en 2010, de juin à septembre, l’Orangerie de Lanniron, dans le Finistère, propose à ses clients du yoga et des modelages effectués par deux esthéticiennes et des réflexologues. Les soins sont commercialisés à des prix très abordables. Exemples : modelage ayurvédique d’une heure à 44 euros, modelage aux pierres chaudes de 90 minutes à 60 euros ou modelage des jambes lourdes de 30 minutes à 28 euros.
Le camping haut de gamme séduit les pros de la réservation
« Aujourd’hui, le marché est très atomisé. On en est au même stade que l’hôtellerie traditionnelle avant l’arrivée d’Accor : une dizaine de réseaux, souvent des associations d’indépendants, qui offrent une visibilité très modeste. », constate Guillaume Patrizi, qui a lancé en 2009 Camping & Co, un site de réservation entièrement dédié à la vente de séjours en hôtellerie de plein air. Il permet aux campings de distribuer leurs offres en temps réels auprès de multiples canaux : internet, comités d’entreprises, coffrets cadeaux, agences de voyages physiques et on-line, etc.
Pour ce jeune patron, un ancien de Pierre & Vacances et de Castels, la cible est claire : les 300 à 500 premiers campings haut de gamme. « On parie sur le fait que les frontières entre les résidences de tourisme, les villages de vacances, les gîtes ruraux et les campings 4 étoiles et bientôt 5 étoiles vont devenir de moins en moins évidentes dans l’esprit du consommateur. » La saison 2010 démarre fort. Au 1er mars, près de 3 000 séjours ont été réservés pour un volume d’affaires de 1,7 million d’euros.
Dans ce contexte, le marché suscite la convoitise de gros investisseurs. Voyages-sncf.com a ajouté à son catalogue 900 campings, tout comme son concurrent Opodo, qui propose de la réservation de mobil-homes. Les voyagistes et les TO ont aussi intégré les offres de séjours dans des campings 3 ou 4 étoiles. Fram vient d’ouvrir son premier centre de vacances Framissima Nature à Soustons, dans les Landes, au cœur d’une pinède de 14 hectares, entièrement équipée de mobil-homes et de tentes lodges. A un mois de son ouverture, le 12 juin, le taux de réservation était de 97% pour juillet/août!
Avec son pôle Village Center Loisirs, qui comprend une trentaine de villages loisirs 3 et 4 étoiles (campings et résidences de loisirs), le groupe immobilier Proméo réalise 25 % de son chiffre d’affaires... Enfin, le fonds d’investissement Montefiore Investment vient de prendre la majorité du capital de Homair Vacances, le leader français des vacances en mobil-homes (6 500 sur 97 sites), au coude à coude avec la Compagnie Internationale André Trigano (CIAT) pour la première place des opérateurs de l’hôtellerie de plein air en France. Histoire d’avoir un coup d’avance...
Georges Margossian
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Octobre 2010
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