Esthétique pro : la lumière pulsée à l’épreuve des médecins
L'engouement des professionnels de l'esthétique pour les appareils à lumière pulsée (lampes flash) entraîne une surenchère technologique qui n'est pas toujours sans risque sur le plan médical. L'enquête de Proguidespa.com (Partie 3).
Le statu quo juridique actuel ne satisfait personne. Ni les esthéticiennes, qui craignent les contrôles de la répression des fraudes, ni les médecins, qui s'attendent à voir surgir des chaînes de franchise d'épilation à la lampe flash, à l'image des centres de bronzage, à coups de publicité tapageuse...
Les inquiétudes ne datent pourtant pas d'hier. En 2001, la Commission de la Sécurité des Consommateurs, une autorité administrative indépendante, prônait une étude des conditions dans lesquelles les lampes flash pourraient être utilisées par des cabinets d'esthétique. Depuis, rien. Et les promesses alléchantes d'épilation définitive, qui fleurissent un peu partout sur les vitrines, déclenchent toujours l'ire des dermatos.
Lampes flash et esthétique : une question de puissance ?
Cette colère n'est pas toujours justifiée par des arguments médicaux. Ce que les médecins dénoncent, c'est d'abord la publicité mensongère... « Le problème, c'est l'énergie réelle qui va être délivrée. Nous voyons sur le marché des machines qui annoncent 35 joules, alors que la puissance de sortie en contact peau est bien plus faible... », déplore le docteur Hugues Cartier, membre du groupe laser de la Société française de dermatologie.
A la Répression des fraudes, que nous avons interrogée, on enfonce le clou : «Avec des machines de classe 2, quelle que soit la qualité du praticien, l'efficacité de l'épilation sera moindre. Cela peut même déboucher sur de la tromperie sur la prestation promise. » Publicité mensongère, machines bridées... Un constat sévère, mais que la faiblesse des travaux réalisés sur le sujet ne permet pas de confirmer, ni d'infirmer.
A une exception près. En 2008, Godfrey Town, un éminent spécialiste anglais des lampes flash et des lasers médicaux, publiait les résultats d'une étude sur les appareils à lumière pulsée dans le très sérieux « Journal of Cosmetic and Laser Therapy ».
Sa conclusion était sans ambiguïté : ces appareils n'ont jamais fait l'objet d'un contrôle sérieux. Bref, aucun critère de référence n'a été imposé pour mesurer la performance des lampes flash mises sur le marché ! Pis, après des tests effectués sur trente modèles, le chercheur affirme que les preuves scientifiques données par les fabricants dans leurs manuels techniques sont insuffisantes pour conclure que leurs appareils sont réellement efficaces... Accablant, mais qui va vérifier auprès du distributeur ?
En France, les appareils à lumière pulsée livrés aux esthéticiennes sont de classe 2A ou 2B. Pour limiter les manipulations, ils sont programmés pour couvrir 70% des phototypes. La lampe possède un filtre orange/rouge, ce qui veut dire que sa longueur d'ondes excède rarement 550 nm. Des caractéristiques prévues pour traiter des poils fins, courts et sur une peau blanche. Pour les dermatos, pas de quoi promettre un miracle sur le plan épilatoire !
De nouveaux débouchés pour les pros de l'esthétique
Mais les applications de la lumière pulsée ne se réduisent pas à l'épilation. Après la suppression définitive des poils, la lutte contre les rides devient le nouveau crédo des marchands de matériel esthétique, qui mettent en avant une nouvelle indication : la rejuvenation. Comprenez : le traitement anti-âge par la lumière.
Cette fois, la pince et la cire ne sont plus en cause. L'arrêté de 1962 n'est donc plus un obstacle. « Nous sommes à un tournant. C'est au ministère de la Santé de statuer sur les lampes flash. », glisse-t-on à la Dgccrf (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), qui sent peut être venir le danger de laisser la législation en l'état. Depuis janvier 2010, un groupe de travail s'est mis en place au ministère de la Santé. Trop tard ? Le marché bougera toujours plus vite que le législateur...
Georges Margossian
Dossier réalisé en mars 2010.
LIRE AUSSI :
Partie 1 : Lumière pulsée : un marché très convoité par l'esthétique pro
Partie 2 : Les lampes flash, un casse-tête juridique pour l'esthétique
Mars 2011
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