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Spa Manager : enquête sur un nouveau métier


De plus en plus de jeunes esthéticiennes succombent aux sirènes du spa. Ses nouveaux métiers font rêver : voyages lointains, décors de carte postale, univers luxueux... Et la demande explose. « En quatre ans, 30% de nos élèves qui ont suivi notre formation spécialisée sont devenues spa manager. », assure Carole Peyrefitte, la directrice de l'école éponyme.

Spa manager : chasse-gardée de l'esthétique ?

Pour les écoles, c'est une bouffée d'oxygène. « Le spa révolutionne l'image de l'esthétique. Il tire ce milieu vers le haut. », reconnaît Ghislaine Dubois, responsable du recrutement à l'école Elysées Marbeuf. Il est vrai que le titre de « spa manager » fait plus chic que celui de « responsable d'un espace beauté »... Depuis trois ans, après avoir boudé l'arrivée du spa en France, les écoles d'esthétique tentent d'y imposer leur empreinte et leur savoir-faire.

Mais les débouchés ne sont pas encore à la hauteur des promesses. Certains hôteliers peinent à trouver le profil souhaité dans des régions comme l'Ile-de-France, où l'offre de « spa managers » reste pourtant très élevée. Car, à la sortie de l'école, les élèves sont plutôt recrutées en tant qu'assistantes de spa manager, voire saisonnières dans des clubs de vacances ou techniciennes du modelage.

« Les recruteurs sont difficiles. Il faut parfois cinq entretiens avant la décision finale. Ils recherchent des profils polyvalents, capables de prendre la relève en cas de pépin, c'est-à-dire de tout faire : soins corps, soins visage, soins des pieds, gestion, relation client... », observe Amanda Added, responsable commerciale de Grey Consulting, un cabinet de recrutement dans le luxe.

L'hôtellerie impose ses critères

Longtemps, les hôteliers haut de gamme ont imposé leur vision du spa, un « service complémentaire » censé répondre aux caprices du client. « Pas un projet d'hôtel quatre étoiles ne voit le jour sans comporter un spa. », affirme Olivier Petit, directeur associé chez Deloitte. Mais le métier de « spa manager » est nouveau. Pour des raisons budgétaires, les hôteliers ont d'abord préféré embaucher des spécialistes des soins plutôt que des gestionnaires pur sucre.

« Quand j'ai commencé à parler de chiffre d'affaires et de rentabilité, on m'a dit que les objectifs de la direction étaient de rendre un service aux clients et d'avoir une jolie marque à présenter ! », se souvient Catherine Linossier, qui, après avoir vendu son spa parisien, le Amak, en 2006, prenait les rênes du nouvel établissement de bien-être du Fouquet's. Depuis, les choses commencent à changer dans l'hôtellerie, mais une esthéticienne représente toujours le meilleur rapport qualité/salaire pour bon nombre d'hôteliers...

Des formations sans garanties

Reste un écueil de taille : la grande disparité dans les formations. Pressées par la concurrence, de nombreuses écoles concoctent leurs programmes sans trop se soucier des exigences des recruteurs. Certaines brochures commerciales laissent pantois : bâclées, truffées d'erreurs ou remplies avec des « copiés/collés », comme nous l'avons constaté en surfant sur quelques sites Web des établissements... Telle école en oublie son latin, parlant de « sanis per aquarum » (sic) dans sa brochure « spa manager » ou reprend une terminologie typiquement anglo-saxonne, peu adaptée à la réalité française, comme le « SPA Aventure », le « Teenage SPA » ou le « SPA Coiffure »...

D'autres écoles parlent de « formation diplômante aux métiers du spa », induisant ainsi en erreur leurs futurs étudiants sur la valeur réelle du titre délivré. On retrouve aussi une curieuse similitude dans la présentation de certains programmes, alors que les établissements n'ont aucun lien commun... De plus, les conditions d'admission y sont rarement mentionnées, tout comme la méthode pédagogique, le détail des unités d'enseignement, les débouchés professionnels (aucune statistique) et les tarifs. Opacité étonnante pour des programmes d'enseignement supérieur, alors que le coût d'une formation de « spa manager » dans une école d'esthétique peut varier entre 3 750 à 8 000 euros par année d'étude !

« C'est vrai désordre. Il m'a été très difficile de m'y retrouver ! », s'indigne Jean-Philippe Jitten. Créateur de Suite 23, le premier spa nancéen, cet entrepreneur cherchait une formation pour l'une de ses salariées, avant d'ouvrir un second établissement au Luxembourg. Las ! Il a fini par contacter une spa manager renommée pour qu'elle la prenne en stage pendant deux mois.

Une exception ? Pas vraiment. A l'inverse des diplômes d'Etat, comme le CAP, le BP ou le BTS, les formations en spa management ne bénéficient d'aucune garantie par un organisme d'accréditation. Chaque école peut bâtir un programme de formation post-baccalauréat et la baptiser « Bachelor » (bac + 3), voire « MBA » (bac + 5). Seule sa réputation fait la différence. Et aussi, sa force commerciale.

« Nous avons trouvé de nombreuses formations bidons. Par exemple, passer des heures à apprendre à mettre des bougies dans des cabines nous semble totalement inutile ! », dénonce Michèle Lamoureux, la co-présidente de la CNAIB. Depuis plusieurs mois, avec la Fieppec (Fédération des écoles professionnelles de la parfumerie, de l'esthétique et de la cosmétique), elle prépare un rapport de branche sur le sujet, car le recrutement de spa managers parmi les esthéticiennes est loin d'être négligeable. Les formations courtes sont les plus incriminées. « Parler de « spa manager » est excessif, mieux vaut évoquer le terme de praticien. », s'interroge Eric Guinoiseau, le président de la Fieppec.

Un besoin de transparence

Pour structurer la filière de formations au spa, la Fieppec et la Cnaib travaillent à la mise en place d'un certificat de qualification professionnelle (CQP), un titre créé et délivré par les partenaires sociaux (voir encadré). Un pavé dans la mare des écoles ? Oui, car certaines ont déjà pris les devants ! En 2008, l'EMA a reçu une homologation de la Commission nationale des certifications professionnelles (CNCP) pour son titre d'« esthéticienne animatrice de spa ». Un an plus tard, le titre de « spa praticien » du groupe Elégance Gontard était lui aussi inscrit au Répertoire national des certifications professionnelles. Celui de « spa manager » est en cours d'homologation.

« Il faut être lucide sur le marché ! Beaucoup de jeunes croient pouvoir gérer un grand spa dès le départ. Ils doivent faire leurs preuves en tant qu'assistant spa manager pendant plusieurs années. », avertit Jean-Eric Knecht, le président d'Elégance Gontard, qui fut l'une des premières écoles à lancer une formation en spa management.

Longtemps annoncé, mais toujours retardé, le « spa management » enseigné à des bac +4 et +5 va-t-il voir le jour ? Chargé de cours à Sciences-po Paris, Olivier Aron y réfléchit depuis quelques années. Son projet ? Une formation de 3ème cycle. Mais, croit-il savoir, le marché n'est pas prêt. « Trop tôt. La réflexion sur le contenu des formations n'est pas encore aboutie. Pourtant, la tendance des recruteurs s'oriente vers des profils de plus grande qualité, avec des salaires plus élevés. A l'avenir, on aura de plus en plus besoin de gestionnaires de centres de profit. », anticipe le président de Rosae, une société de conseil en développement de marques cosmétiques.

Des profils diversifiés

Au-delà des petites structures qui recherchent une double compétence, esthétique et gestion, pour des raisons de coûts, les recruteurs misent donc sur de vrais profils de managers pour des établissements importants. Où les trouvent-ils ? En fait, compte tenu de la jeunesse du marché, les candidats viennent de tous les horizons. Et pas seulement de l'esthétique.

« Après un master commercial et une spécialisation marketing, j'ai travaillé une dizaine d'années dans la communication, avant de devenir directrice de la clientèle, puis directrice commerciale », raconte Alexandra Bertin, spa manager du Ritz Health Club depuis mars 2010. « A ma grande surprise, mon profil intéressait les opérateurs, mais il me manquait, selon eux, une formation pratique en soins. J'ai donc passé un CAP d'esthétique-cosmétique. », raconte la jeune spa manager.

Beaucoup de candidats, donc, mais des profils triés sur le volet pour les grands spas. Quand le docteur Brigitte Caron, spa opérateur pour des hôtels haut de gamme, dépose une annonce, elle reçoit cinquante réponses... « Alors qu'ils n'ont été responsables que d'un petit espace, les candidats se positionnent tout de suite comme spa managers... », déplore cette spécialiste des spas de luxe.

Après vingt ans d'expérience au Club Med, Brigitte Caron a acquis une expertise très recherchée. C'est elle qui a conçu le référentiel du programme du « Bachelor Luxury and Spa Management » de l'école d'esthétique Elysées Marbeuf, proposé en partenariat avec l'International University of Monaco. Il fallait faire la part belle au marketing et à la gestion : « Inévitable ! Depuis deux ans, on observe une évolution parmi les élèves qui entrent dans le cursus de spa manager. Ils ont plus de maturité professionnelle. Et la plupart vient d'un univers où les chiffres ont une place essentielle... ».

La prime aux gestionnaires

La prime aux gestionnaires ? Pour s'en convaincre, direction Bora Bora ! Diplômée de l'école hôtelière de Lausanne, ancienne directrice générale de l'Hôtel Intercontinental Beachcomber Resort Bora Bora (5 étoiles), Anne de Saint Pierre gère à la fois le Deep Ocean Spa Bora Bora, le Deep Nature Spa Tahiti et un « spa cruise », le Deep Nature Spa Paul Gauguin, soit 25 cabines et une trentaine de salariés.

Elle doit élaborer des plans marketing, surveiller la comptabilité, faire du reporting, manager les coûts et les fournisseurs, gérer du personnel , prévoir les recrutements, assurer de bonnes relations avec les hôtels et le bateau partenaires, et, au final, contrôler la satisfaction clientèle, la récompense de son travail... « Le spa, c'est la même chose qu'un métier de gestion hôtelière. », tranche la directrice, qui ne pratique pas le mélange des genres, laissant les soins esthétiques aux « personnes compétentes ». Pour elle, pas de doute, un grand spa se gère comme un centre de profit.

C'est aussi l'avis de l'école hôtelière de Lausanne. A partir de l'été 2010, cette prestigieuse institution lance un programme de spécialisation en formation continue post-graduate de haut niveau à destination des directeurs d'école et des spa managers. « Cette démarche est le fruit d'une longue réflexion. Nous avons rencontré de nombreux professionnels du spa, des hôteliers, des directeurs de centres thermaux, etc. Tous nous ont dit qu'il manquait une véritable formation en Europe. », indique Flurina Knapp, en charge du programme du « Professionnal Certification in Spa Management ».

Gagner de l'argent avec un spa ne serait donc plus une idée incongrue ? Crise oblige, les spa managers ont sorti leurs calculettes. Ils ne les quitteront plus. Le marché se professionnalise. Et les modules « placement de bougies dans une cabine » vivent sans doute leurs derniers jours... Question de crédibilité.

Georges Margossian

 Avril 2010

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