L’INSEE mesure le « bien-être subjectif » des Français
L'Institut national de la statistique et des études économiques vient de dévoiler les résultats d'une étude inédite sur le niveau de satisfaction dans la vie des Français avec, pour la première fois, des indicateurs sur le « ressenti » des personnes. De quoi tordre le cou à quelques idées reçues.
| L'exercice s'est avéré délicat pour les économistes de l'INSEE, habitués à mesurer des faits précis, plutôt que des sentiments personnels, en demandant aux personnes qu'ils ont interrogés d'évaluer leur propre qualité de vie, fonction, comme chacun sait, de leurs valeurs ou de leur vécu.
Premier constat, qui ne surprendra personne : si l'argent ne fait pas le bonheur, il y contribue fortement... En effet, les conditions matérielles sont parmi les facteurs mesurés celui qui joue le plus sur le bien-être ressenti, concluent les statisticiens. Si la satisfaction dans la vie des Français est en moyenne de 7,3, l'écart se creuse selon le niveau de revenu : la moyenne passe à 6 pour les 10% des personnes les plus modestes et à 7,8 pour les 10% les plus riches. En affinant son analyse de l'influence des conditions matérielles sur le bien-être, l'Institut note que, si l'on prend en compte 27 difficultés matérielles - des contraintes budgétaires aux retards de paiements, en passant par les difficultés de logement -, la différence de ressenti entre ceux qui cumulent au moins dix difficultés et ceux qui n'en déclarent aucune est de 2,8 points (5,1 contre 7,9). Après les conditions d'existence viennent ensuite la santé, le travail et la famille. Bien entendu, les effets de conditions de travail difficiles ne sont pas neutres sur la satisfaction. Mais l'INSEE va plus loin et observe que, à revenu égal, un non-diplômé est plus heureux qu'un diplômé, la satisfaction dans la vie baissant avec le diplôme, générateur aujourd'hui de frustration. Autre résultat « peu intuitif » : l'ambiguïté de l'impact d'une naissance dans un ménage. L'INSEE souligne que si celle-ci procure de la joie, elle apporte aussi son lot de contrariétés matérielles et psychologiques (logement trop petit, ressources financières plus limitées, manque de sommeil, etc.). Le statisticien indique que le fait d'avoir un seul enfant a un impact négatif et significatif sur la satisfaction dans la vie par rapport à n'en avoir eu aucun, mais reste muet sur les conséquences d'un nombre supérieur d'enfants sur la satisfaction du ménage. « L'effet n'est pas clair », reconnaît-il. Exercice délicat, en effet, car le bien-être « subjectif » étant par définition lié au sentiment personnel des individus interrogés, les résultats restent encore difficiles à interpréter. Mais cette étude, issue des recommandations de la Commission Stiglitz, en 2009, qui recommandait de prendre en compte des éléments non financiers pour mesurer le progrès social d'une société, a le mérite d'y apporter un premier éclairage. GM |





