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CNAIB : « Guinot nous affaiblit vis-à-vis des pouvoirs publics »

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INTERVIEW – Pour Michèle Lamoureux-Stern, vice-présidente de la Confédération nationale artisanale des instituts de beauté, l'action du groupe Guinot risque de fragiliser la position des esthéticiennes auprès du Ministère de la santé.

Proguidespa.com : Comment réagissez-vous à l'initiative du groupe Guinot ?

Michèle Lamoureux-Stern : Mal ! Je trouve ce procédé inadmissible. En débarquant chez les fabricants d'équipement, l'huissier mandaté par le groupe Guinot a probablement mis la main sur la liste de tous leurs clients. Que va-t-il arriver aux esthéticiennes qui ont acheté des appareils ? Personne ne le sait. Aujourd'hui, je croule sous les mails d'esthéticiennes folles de rage. Et contrairement à ce que le groupe Guinot affirme, je reçois des appels de membres de son propre réseau qui possèdent des appareils d'épilation à lumière pulsée...

Pourtant, la CNAIB a toujours rappelé aux esthéticiennes que ces appareils leur étaient interdits. Etes-vous, malgré tout, surprise par cette décision ?

Oui, car si nous avons toujours répété que l'utilisation de la lumière pulsée à des fins d'épilation était interdite aux esthéticiennes, nous conformant strictement à la loi, nous n'avons jamais dénoncé quelqu'un ! Il faut bien comprendre que la pratique de l'épilation a considérablement évolué. Selon les résultats d'une étude que nous avons effectuée récemment, 17% des clientes des instituts souhaitent se faire épiler avec de la lumière pulsée. Beaucoup d'esthéticiennes en sont aujourd'hui équipées. Mais pour vendre leurs appareils, certains fabricants leur ont fait croire qu'une formation assurée par un médecin laseriste leur permettait de se mettre en conformité avec la loi, sans compter leurs nombreuses publicités...

Ce type de procédé ne justifie-t-il pas l'action de Guinot ?

Ne soyons pas naïfs ! Guinot attaque la concurrence pour protéger la vente de son appareil, qui n'est pas à lumière pulsée. Ce qui est désespérant, c'est que cette action « coup de poing » va nous affaiblir vis-à-vis des pouvoirs publics. Je vous rappelle que nous avions initié des discussions régulières, sous l'égide du ministère de la santé, avec les dermatologues, les chirurgiens esthétiques et les médecins, pour enfin avancer sur ce dossier. Maintenant, nous voyons mal comment nous allons pouvoir réclamer une chose que l'un de nos fournisseurs dénonce comme illégale !

Votre dernière réunion au ministère de la santé a eu lieu en octobre. Qu'avez-vous dit à vos interlocuteurs ?

Nous avons proposé deux choses. D'abord, autoriser les esthéticiennes qui ont un niveau de formation de niveau 4 à pratiquer l'épilation à la lumière pulsée et donc ne réserver l'interdiction qu'aux CAP. Ensuite, demander aux clients un certificat médical prouvant qu'ils n'ont pas de contre-indication pour suivre ce type de séances. En face, les dermatologues campaient sur une position très dure, puisqu'ils souhaitaient étendre l'interdiction jusqu'aux médecins. Nos discussions en sont restées là.

Vous estimez qu'une formation initiale de niveau 4 est suffisante pour utiliser ce type d'appareils. Dans ces conditions, pourquoi participez-vous, aux côtés de la Confédération nationale de l'esthétique et de la parfumerie (CNEP) et des fabricants de matériel, à l'élaboration d'une norme Afnor « soins de beauté et de bien-être », qui porte justement sur les niveaux de qualification des esthéticiennes ?

Nous devons défendre une position qui a toujours été la nôtre. Face aux multiples formations proposées par les marques, nous sommes plutôt favorables à ce que ces dernières soient inclues dans les cursus de base de niveaux 3 et 4. Il faut uniformiser les formations et les compétences dans l'esthétique, c'est essentiel.

Sur ce point, la nouvelle convention collective de l'esthétique-cosmétique, que vous avez signée en juin dernier avec les partenaires sociaux, intègre quatre certificats de qualification professionnelle (CQP)*. C'est un premier pas ?

Oui. Ce sont des spécialisations qui étaient nécessaires aux professionnels de l'esthétique. Par exemple, une esthéticienne qui ne possède que son seul CAP pourra compléter sa formation par une spécialisation de « praticien spa », si elle le souhaite, ce qui lui donnera une équivalence avec un niveau 4. Le spa suscite toutes sortes de formations, il fallait garantir aux esthéticiennes la possibilité de disposer d'un savoir-faire reconnu.

Qu'est-ce que cette convention collective renégociée va apporter à l'ensemble de la profession ?

Il faut savoir que l'ancienne convention était obsolète, c'est-à-dire non conforme à la loi en vigueur, car les parfumeurs, qui n'en font désormais plus partie, refusaient de signer les accords. Résultat, on avait huit coefficients en dessous du SMIC et des BTS sous-rémunérés, pour ne parler que des salaires. Depuis 2008, nous avons dû renégocier toute la convention collective pour éviter que les pouvoirs publics ne nous imposent leur grille de salaires. D'autres points ont été revus, bien entendu, comme la prévoyance, la définition des emplois ou le champ d'application. Quand cette convention collective sera étendue par le ministère du travail, les esthéticiennes bénéficieront d'une meilleure sécurité juridique.

Propos recueillis par Georges Margossian.

* styliste ongulaire, maquillage, praticien spa et spa manager.

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