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Lumière pulsée : « Parler d’épilation est un inexcusable contresens »

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INTERVIEW – Rare fabricant français à n'avoir pas été attaqué par le groupe Guinot, Jacques Konckier, le P-DG d'Ypérion Technology, a fait du mot « dépilation » son cheval de bataille. Il s'exprime pour la première fois sur l'affaire.

Proguidespa.com : Vous avez été en 2008 le premier fabricant à parler de « dépilation » au lieu d'épilation. Pourquoi ?

Jacques Konckier : Nous interdisons l'utilisation du terme « épilation » pour deux raisons majeures. La première est qu'il s'agit d'une activité réservée aux seuls médecins. On peut se demander pourquoi, mais c'est, pour l'instant, une réalité que nous respectons. La seconde est que parler d'épilation, lorsqu'il s'agit d'éliminer le poil grâce à la lumière pulsée, est un parfait et inexcusable contresens. La lumière pulsée ne permet en aucun cas de pratiquer une « épilation», mais d'effectuer une « dépilation ».

S'agit-il vraiment de deux actions bien différentes?

Sans aucun doute. Si « épilation » et « dépilation » voulaient dire la même chose, la langue de Molière n'aurait pas besoin de deux substantifs distincts pour décrire une seule et même action. Et l'arrêté de 1962 aurait été rédigé autrement ! En effet, le ministère de la santé ne peut avoir parlé de façon restrictive d'« arrachage du poil », et donc d'épilation, s'il avait dans le collimateur toute forme de suppression du poil, et donc de dépilation. Affirmer le contraire est totalement absurde, sauf à prendre nos responsables pour des idiots et des incultes.

Pourtant, Maître Varaut, l'avocat du groupe Guinot, que nous avons interrogé*, estime que cette distinction est artificielle et que le terme « dépilation » entre bien dans le champ d'application de l'arrêté de 1962. La loi est-elle claire sur ce point ?

Parfaitement. Je cite la partie qui nous intéresse : « Ne peuvent être pratiqués que par les docteurs en médecine, conformément à l'article L.372 (1°) du code de la santé publique, les actes médicaux suivants : 5° Tout mode d'épilation, sauf les épilations à la pince ou à la cire. » Non seulement cet arrêté vise bien « l'épilation » et non toute forme de « dépilation », mais, pour plus de sureté, le texte est illustré de deux exemples très précis : la « pince » et la « cire », qui sont à l'évidence des moyens « d'épilation », soit d'arrachage du poil. Si l'arrêté pris par le ministère de la santé, et dont nous ne pouvons penser un instant qu'il n'a pas été rédigé dans un français précis, avait voulu viser « toute forme de dépilation », il aurait utilisé, bien entendu, ce terme, au lieu du substantif beaucoup plus précis mais cependant très restrictif « d'épilation ». Par conséquent, que Maître Varaut tente de faire l'amalgame pour servir son propos, en balayant de la main ce problème central du débat, prouve bien qu'il est extrêmement mal à l'aise.

On ne peut pas écarter non plus la probabilité que l'arrêté de 1962 soit jugé comme devant s'appliquer aussi à la « dépilation ». L'envisagez-vous ?

Non. Car il y aurait alors lieu de faire interdire immédiatement l'utilisation de toutes les « crèmes dépilatoires », actuellement vendues en France et utilisées par des non-médecins. Ce serait une situation hautement ridicule et une perspective assez peu réjouissante pour les fabricants et les utilisateurs de ces produits, instituts de beauté ou particuliers.

Pourquoi ?

Poussons le raisonnement jusqu'à l'absurde : les esthéticiennes pourraient malgré tout continuer à utiliser leur machine, qui est la même que celle utilisée pour la dépilation, en se contentant de pratiquer, grâce à la lumière pulsée, des traitements de « photo-rajeunissement », autrement plus pointus et réclamant beaucoup plus d'entrainement et de précautions, ces traitements n'étant visés par aucun arrêté ni aucune loi !

Pensez-vous, comme l'ensemble des fabricants français, qu'il s'agit d'un combat d'arrière-garde et qu'il faut tenir compte de l'arrivée des nouvelles technologies ?

Ce n'est pas uniquement un problème de « nouvelles technologies ». Par exemple, je suis fermement partisan de ne pas laisser les esthéticiennes manipuler un laser. Mais soyons justes : ayant vu ce que j'ai vu, je serais aussi favorable à une formation adéquate des médecins utilisant cette dernière technologie, avec une surveillance stricte de qui pratique les interventions au sein des cabinets médicaux traitant des patients au laser. Il est de notoriété publique que, dans la plupart des cas, une assistante manipule la machine et non le médecin lui-même... En revanche, les traitements à la lumière pulsée pratiqués par une esthéticienne diplômée, ayant été parfaitement formée à cette technologie, sont pratiquement sans danger.

Ce n'est pas ce que disent les dermatologues... Ne reconnaissez-vous pas de risques ?

Soyons sérieux, quel est le danger principal ? Une brûlure superficielle mais très rare de la peau, pour ne pas dire : un simple échauffement. Une application de Biafine pendant un ou deux jours fait le plus souvent l'affaire... J'ai d'ailleurs constaté ce genre de problème plus souvent chez des médecins. Pourquoi ? Parce qu'ils se croient autorisés à utiliser des puissances bien supérieures et des procédures plus hardies que celles que s'autorisent les esthéticiennes.

Vous ne faites pas partie des fabricants attaqués par le groupe Guinot. Vous sentez-vous concerné par cette action?

Probablement un oubli de Maître Varaut, qu'il va s'empresser de corriger... Plus sérieusement, voilà une assignation que nous appelons de nos vœux depuis longtemps. Il nous tarde, en effet, d'en découdre publiquement, une fois pour toutes, et de pouvoir tordre le cou à un abus de droit et une lecture tendancieuse des textes. Cette situation permet à certains de s'approprier, en l'interdisant à d'autres, une technologie qui n'existait pas à l'époque de l'arrêt de 1962. Je note aussi qu'aucun de nos clients n'a jamais été poursuivi à ce jour. Et pour cause : nos directives en matière d'utilisation et de communication sont particulièrement strictes.

C'est-à-dire ?

Nous nous refusons à parler « d'épilation », encore moins « d'épilation définitive », ce qui constitue une hérésie, ou à raconter des «salades » en matière de résultats ou de performances.

Propos recueillis par Siska von Saxenburg.

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