Socio-esthétique : en quête de reconnaissance et de... financements
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Inscrite dans le Plan cancer, la socio-esthétique a fini par trouver sa place à l'hôpital et dans le social. Mais sa présence reste encore marginale. Contrainte budgétaire oblige... Sous l'impulsion de Renée Rousière, en 1978, la socio-esthétique est sortie de l'ombre. Inscrite dans le plan cancer depuis 2003, elle a fini par trouver sa place à l'hôpital, mais aussi dans le secteur social. Pourtant, le développement de cette activité, qui n'est pas prise en charge par la sécurité sociale, rencontre un problème de taille : son financement... Soins du visage dans un service d'oncologie, ateliers de maquillage en milieu carcéral, épilation sur greffes dans un service pour grands brûlés ou relooking dans une association d'handicapés : pour travailler dans la socio-esthétique, il faut savoir se montrer polyvalente. Les socio-esthéticiennes effectuent des soins esthétiques ou des modelages, bien sûr, mais pas seulement. En intervenant auprès d'une population souffrante et fragilisée, dans les hôpitaux ou des services sociaux, leur rôle peut être aussi pédagogique. Elles animent des ateliers en groupe et parlent beauté, bien-être, hygiène ou diététique. Leur présence rassure. Leurs gestes réconfortent. Bref, leur savoir-faire est loin d'être seulement « technique ». « En début de carrière, on ne peut pas se contenter de dire 'j'ai envie de travailler dans un service hospitalier'... C'est une spécialité particulière. Il faut donner beaucoup de soi, être à l'écoute de l'autre et avoir envie d'aider.», avertit Marie-Thé Sauvêtre/Elsen, qui a débuté en socio-esthétique il y a une trentaine d'années, alors que le personnel médical n'en avait jamais entendu parler. Progressivement, elle a vu le monde de la santé s'ouvrir à ces professionnelles de la beauté, que l'on croyait vouées à des taches plus futiles. Un jour en psychiatrie, un autre en gériatrie, un troisième dans une association... Il n'est pas rare qu'une socio-esthéticienne travaille dans plusieurs établissements différents ! Une formation complémentaire indispensable Pas étonnant, dans ces conditions, qu'une expérience professionnelle réduite aux seuls instituts de beauté soit insuffisante pour progresser dans ce milieu. La socio-esthétique exige des compétences complémentaires. « En oncologie, il faut bien connaître les effets secondaires des traitements, pour éviter des réactions allergiques qui peuvent être dramatiques. Après une chimiothérapie, il faut aussi savoir utiliser du maquillage correcteur pour redonner à la peau son éclat d'antan. En psychiatrie, l'écoute est essentielle, car un maquillage mal adapté peut faire beaucoup de mal...», explique Marie-Thé Sauvêtre/Elsen. En 1978, quand le Cours d'esthétique à option humanitaire et sociale (Codes) a été créé, sa fondatrice, Renée Rousière, faisait figure de pionnière. La socio-esthétique était alors considérée comme une activité frivole par les médecins... Depuis, elle a fait du chemin. Et le Codes n'y est pas pour rien. « C'est la première formation à avoir délivré le titre de socio-esthéticienne. En trente ans, nous avons formé 1200 élèves. Notre titre est reconnu par l'Etat et inscrit au Répertoire national des certifications professionnelles. », insiste Marie-Aude Torres Maguedano, la responsable des ressources humaines. Abritée dans deux hôpitaux publics, le CHRU de Tours et l'hôpital national de Saint-Maurice, cette association loi 1901 a reçu le soutien de deux partenaires : le Conseil régional du Centre et l'Oréal Luxe. Une antenne internationale a même été créée au Japon en 2007.La formation dure 568 heures pendant neuf mois, avec des modules exclusivement médico-sociaux. « On ne touche pas du tout à l'esthétique. C'est pour cela que nous exigeons, pour poser sa candidature, un diplôme d'Etat d'esthéticienne avec au moins deux ans d'expérience professionnelle. », précise sa responsable des RH. Seulement 20% des candidates sont admises, sur dossier et après un entretien, aux deux sessions ouvertes chaque année. Reconnue par le Plan cancer La socio-esthétique ne fait plus sourire les médecins. Depuis 2003, elle est inscrite comme soin de support dans le Plan cancer. Et les maisons de retraite, les centres de désintoxication et les foyers pour handicapés font désormais appel à ses services. « J'ai constaté que la détresse des patients atteints d'un cancer, le manque de conscience de leur corps et les traumatismes très violents qu'ils subissaient, pouvaient gêner le processus thérapeutique. Quand ils viennent nous voir, ils n'ont donc pas forcément envie de parler, mais d'être en confiance. Et là, les soins esthétiques permettent de les rassurer et de rendre le dialogue plus facile. Les massages, par exemple, leur procurent un bien immense. », constate le docteur Jean-Louis Mouysset. Elu en 2010 « entrepreneur social » pour son activité associative, ce médecin oncologue vient de créer une structure inédite, le centre « Ressource », à Aix-en-Provence, qui propose à des malades des services de bien-être et un soutien psychologique. Installée dans un ancien centre de remise en forme de 900 m2, elle n'a pourtant pas grand-chose à voir avec un service hospitalier. Ici, les malades s'inscrivent librement, moyennant une cotisation annuelle de 50 euros, et bénéficient de multiples équipements : salon-bar, piscine chauffée, hammam, salle de détente, salles d'activités corporelles, cabines de soin... Pour les encadrer, le docteur Mouysset fait tourner une cinquantaine de bénévoles, dont des ostéopathes, des sophrologues, des psychologues, des médecins et des onco-esthéticiennes, dont les compétences sont de plus en plus recherchées. « C'est une prise en charge globale, ce qu'on appelle de la médecine 'intégrative' », résume le médecin. Parfois, ce sont les soignants eux-mêmes qui prennent l'initiative, comme au centre hospitalier de Soisson, où les paramédicaux sont formés au « toucher-massage », des gestes simples qui se pratiquent en quelques minutes. Mais, face à des besoins mieux identifiés par les structures médicales, des services spécialisés sont parfois créés par le personnel paramédical. En Gironde, le centre de rééducation de la Tour de Gassies a ouvert Dermapole, en octobre 2011, pour effectuer des soins esthétiques sur des patients qui ont la peau mutilée et des lésions difficiles à effacer. En charge du développement, Marie-France Ruault a constitué une petite équipe d'infirmières détentrices, comme elle, d'un diplôme d'esthétique et de pose ongulaire. « Notre expérience acquise auprès des grands brûlés nous a montré que les patients étaient très demandeurs de maquillage correcteur, de soins du visage et de palper-rouler, car il était impossible pour eux de s'adresser à des instituts de beauté classiques. », raconte l'infirmière, qui a travaillé à La Roche-Posay avec Alain Barthelémy, un maquilleur réputé. Des soins qui ne sont pas financés par la Sécu Entre santé et esthétique, la frontière est parfois ténue. Et la tentation des hôpitaux de former leurs propres infirmières à l'esthétique, sans passer par la case « diplôme d'Etat », peut être forte. « Les besoins sont de plus en plus évidents, mais il y a une problématique de budget. Il est plus facile de former des infirmières que de créer un nouveau poste. », admet Marie-Aude Torres Maguedano. L'association des « Centres de beauté de CEW France » connaît bien la situation. Sa mission est de trouver des financements pour créer des services de socio-esthétique dans les hôpitaux. A ce jour, elle est parvenue à convaincre 24 établissements, en recrutant un peu moins d'une trentaine d'esthéticiennes pour y travailler. Mais sur un an, le coût d'un jour de fonctionnement par semaine d'un tel service s'élève à 11 000 euros. Un minimum. « Si l'on veut pérenniser cette activité, il faudrait le double ! », assure Maud Combes, responsable des esthéticiennes en liaison avec les hôpitaux au CEW. Dans ce contexte, les bonnes places sont plutôt rares. Le plus souvent, les socio-esthéticiennes exercent en libéral, avec un tarif horaire compris entre 35 et 50 euros. « Les débouchés ne sont pas si nombreux. Pour des raisons budgétaires, les hôpitaux préfèrent former eux-mêmes leurs infirmières que de recruter des socio-esthéticiennes. Certaines écoles s'en sont même fait une spécialité !», s'insurge Michèle Lamoureux Stern, la co-présidente de la Confédération nationale artisanale des instituts de beauté (CNAIB). Pour autant, la socio-esthétique figure dans la grille salariale de la nouvelle convention collective de l'esthétique-cosmétique. A un détail près : elle ne s'applique qu'aux seules diplômées du Codes... « Pas suffisant ! », rétorquent certaines professionnelles. Trente ans après la création du Codes, elles estiment que leur discipline n'est pas encore suffisamment reconnue. « Pour l'instant, cette spécialité reste une déclinaison de l'esthétique. Ce n'est pas encore un métier à part entière, notamment à cause de la formation, qui est loin d'être suffisante. Il faudrait la hisser au niveau 3 (bac + 2, ndlr). », déplore Christine Castillot, l'ex-présidente du Syndicat national des professionnels en socio-esthétique. De fait, d'autres formations que celle du Codes sont apparues, comme la certification professionnelle de « socio-esthéticienne » (ETPEC Giorgifont), inscrite elle aussi au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP), ou deux autres formations en « psycho-socio-esthétique », à Pau et à Nanterre, qui sont en attente de reconnaissance auprès du RNCP. Autre nouveauté : depuis 2011, un diplôme universitaire de « spécialisation esthétique en milieu médical » a vu le jour, avec, actuellement, une promotion rassemblant une dizaine d'élèves. Ouvert aux titulaires de bac pro, ce DU propose 160 heures de cours théoriques et 140 heures de stages pratiques en gériatrie, oncologie, soins palliatifs et neurologie. Pour créer ce diplôme, placé sous la direction du professeur Francis Bonnet, chef du service d'anesthésie-réanimation de l'hôpital Tenon, à Paris, Jannick Alloncle et Isabelle Medevielle, responsables pédagogiques de la formation, ont obtenu l'accord de 120 universitaires de la faculté de médecine Pierre et Marie Curie. Après un an de travail et le passage devant cinq commissions, ces deux socio-esthéticiennes expérimentées ont accueilli leur première promotion en septembre dernier. Leur objectif est de faire reconnaître ce diplôme comme la première formation en socio-esthétique de niveau 3. En attendant, les nouvelles appellations fusent : esthétique sociale, psycho-esthéticienne, onco-esthéticienne... La course aux nouveaux titres ne fait que commencer. Pour des débouchés encore limités. Georges Margossian ADRESSES UTILES Cours d'esthétique à option humanitaire et sociale (CODES) Certification professionnelle de socio-esthéticienne Diplôme Universitaire « Spécialisation esthétique en milieu médical » Formation en « psycho-socio-esthétique » École Technique Privée Joffre - Karine Moncla |
| Janvier 2012 |
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